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TOITURE 38

TOITURE 38

juin 2025

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TOITURE 38

N°38 - MAI-JUIN-JUILLET 2025

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Édito

TOITURE 38

MaPrimeRénov’
le grand renoncement

Il fut un temps où MaPrimeRénov’ faisait figure d’élan. De levier pour rénover plus, pour rénover mieux. Une incitation claire, portée par un discours politique volontariste, à laquelle nombre de professionnels ont cru. Beaucoup y ont vu, à juste titre, une chance pour structurer des projets, accompagner les ménages et valoriser le savoir-faire des artisans.


Mais les espoirs ont été rapidement déçus. Et depuis ce mois de juin, la situation est encore plus ubuesque. Un temps complètement suspendue pour une durée indéterminée, MaPrimeRénov’ a finalement été maintenue mais uniquement en partie, pour les travaux dits « monogestes ». Officiellement, il s’agit de lutter contre la fraude et de « stabiliser le dispositif » après des mois de critiques, de réformes précipitées et de dysfonctionnements à répétition. En réalité, cette décision sonne comme l’aveu d’un échec: celui d’une politique publique incapable de tenir ses promesses, et qui laisse
désormais tout un secteur dans le flou le plus total.


À force de révisions incessantes, de critères mouvants, de contraintes administratives absconses, de retards de traitement et de paiements gelés, l’outil était déjà devenu illisible – pour ne pas dire pernicieux. Ces nouveaux atermoiements viennent achever une dynamique déjà largement affaiblie, et laisse sur le carreau des milliers d’entreprises du bâtiment, qui voient leurs carnets de commandes se vider au fur et à mesure que la confiance s’effrite.


Les conséquences sont concrètes : chantiers annulés, trésoreries en tension, licenciements... Les entreprises, petites et grandes, paient au prix fort des décisions prises sans concertation ni considération pour la réalité du terrain. Et pendant ce temps, les logements continuent de se dégrader, les passoires thermiques sont toujours là (entre 4 et 5 millions de logements sur tout le territoire, selon les chiffres officiels du ministère), et l’urgence écologique reste entière, mais sans pilote à bord.


Notre secteur n’a jamais refusé de s’adapter. Il le prouve chaque jour par sa capacité à innover et à se tenir debout face à une conjoncture toujours plus inquiétante. Mais il ne peut fonctionner sur des promesses bancales, ni avancer à l’aveugle : il faut donner aux artisans les moyens d’agir avec visibilité, stabilité et confiance. Alors que les professionnels de la rénovation sont priés de faire une pause forcée dans un moment de tension économique majeure, il est urgent de redonner de la lisibilité et de la cohérence à l’action publique. Pas dans six mois. Pas dans un an.


Car au milieu de ces décisions chaotiques, il est primordial de rappeler une fois encore que, malgré l’importance des enjeux, sans les entreprises, aucune transition ne pourra avoir lieu.

Brice Alexandre Roboam