Toiture n°36
La tempête avant l’éclaircie
Les mois se suivent et se ressemblent pour l’artisanat du bâtiment. Comme de coutume, la Capeb a annoncé les résultats trimestriels de l’activité dans sa note de conjoncture. Et cette fois encore, ils ne sont pas bons. L’inquiétude engendrée tout au long de l’année n’est pour le moment pas près de se résorber, tant la dégringolade du volume d’activité se poursuit inexorablement : après -3 % au trimestre précédent, c’est une nouvelle régression de 5 % en glissement annuel qui vient punir les mois d’été et la rentrée de septembre.
Ces chiffres alarmants sont toujours autant corrélés à la situation de la construction neuve, qui n’en finit plus de plonger : - 3,5 % au premier trimestre, - 6,5 % au deuxième, et désormais - 11 % ! Une descente catastrophique qui n’est pas sans rappeler la triste période post-crise financière et son recul record de - 11,5 % au quatrième trimestre 2009… Le nombre de mises en chantier a chuté de près de 20 % ce dernier trimestre, et le constat est encore plus criant pour les logements individuels, où les données atteignent - 33,4 % ! De septembre 2023 à août 2024, 343 100 logements ont été autorisés à la construction et 269 700 ont été mis en chantier, soit respectivement 36 000 et près de 67 000 de moins qu’entre septembre 2022 et août 2023.
La conséquence est brutale pour les artisans, avec un carnet de commandes moyen annoncé à soixante et onze jours, soit six jours de moins que les trimestres passés. Un quart des entreprises de la confédération affichent des problèmes de trésorerie dus à la baisse d’activité et à l’allongement des délais de paiement des clients. Tous les corps de métier sont touchés, et la division couverture-plomberie-chauffage (selon le découpage de la Capeb) enregistre une rupture inquiétante de - 5 % (contre - 2 % au trimestre précédent).
En résumé, malheureusement, rien ne va. Mais c’est dans les périodes les plus sombres qu’il faut essayer de se raccrocher aux aspects positifs (ou, disons, les moins négatifs). Sans être miraculeux, quelques signes sont encourageants. Le volume d’activité en entretien-rénovation surnage comme il le peut, avec une petite diminution de 1 % en glissement annuel, soit un rythme similaire à celui des trimestres précédents. Idem pour les travaux d’amélioration des performances énergétiques, qui enregistrent une baisse de « seulement » 0,5 %. Enfin, la désinflation progressive et surtout le lest lâché par la Banque centrale européenne quant à ses taux directeurs annoncent un redressement du marché immobilier et des crédits plus accessibles. Pas dans un futur proche évidemment, mais à plus ou moins moyen ou long terme. D’ici là, il faut tenir bon et attendre les jours meilleurs…
Brice Alexandre Roboam
