Un réservoir d’énergie propre

Un réservoir d’énergie propre

LA PLUS GRANDE CENTRALE SOLAIRE D’ÎLE-DE-FRANCE VIENT DE VOIR LE JOUR À L’HAŸ-LES-ROSES, DANS LE VAL-DE MARNE. INSTALLÉE, À L’OCCASION DE SA RÉNOVATION, SUR LE TOIT DE L’UN DES CINQ PRINCIPAUX RÉSERVOIRS D’EAU POTABLE DE LA VILLE DE PARIS, ELLE SE COMPOSE DE PRÈS DE 12 000 M2 DE PANNEAUX PHOTOVOLTAÏQUES.

La surface est gigantesque. Avec 20 000 m2 de surface de toiture disponible, le réservoir d’eau potable de L’Haÿ-les-Roses faisait déjà figure d’exception dans un paysage francilien très urbanisé. D’autant que cette surface bénéficie, selon une récente étude, de mille sept cent quatre-vingts heures d’ensoleillement par an en moyenne. Il n’en fallait pas plus à l’agence de l’eau Seine-Normandie pour contribuer au financement du vaste projet de toiture à panneaux photovoltaïques proposé par Eau de Paris, lauréat du troisième appel d’offres de la Commission de régulation de l’énergie (CRE3) lancé en 2014 par le ministère de la Transition énergétique. Le réservoir de L’Haÿ-les-Roses est l’un des cinq principaux qui alimentent Paris, avec 229 000 m3 d’eau potable répartis en quatre compartiments. Construit au début des années 70, le bâtiment en béton était recouvert d’une étanchéité doublée d’un complexe de végétalisation de 40 cm d’épaisseur, et des travaux étaient devenus nécessaires pour assurer la protection sanitaire de l’eau contenue à l’intérieur de l’édifice. Un chantier en plusieurs phases, dont la première – et non la moindre – a consisté, dès septembre 2016, à déposer la végétalisation et l’ancien substrat afin de mettre à nu le support béton. Six mois ont été nécessaires aux équipes de Soprema pour dégager les 10 000 m3 de terre.

Étanchéité bitumeuse et isolation thermique

L’étape suivante a concerné la réfection de l’étanchéité, devenue vétuste. Compte tenu du poids de l’ancien complexe végétalisé, nul besoin de renforcer la structure porteuse pour accueillir les panneaux photovoltaïques. Comme la nouvelle étanchéité allait également servir de support aux panneaux, le complexe se devait d’être suffi samment résistant. La solution retenue se compose de panneaux d’isolation thermique de 60 mm d’épaisseur en mousse rigide de polyuréthane (PIR) expansée entre deux parements étanches, associés à deux couches de revêtement d’étanchéité en bitume élastomère auto-protégé posées en semi-indépendance.

De l’électricité à revendre

Pour fixer et supporter les 11 800 m2 de panneaux photovoltaïques (soit un peu moins de dix piscines olympiques pour donner un ordre de comparaison), 15 300 plots ont été implantés sur le complexe d’étanchéité. Au final, 6 578 panneaux REC 285 TP ont été posés à environ 8 m de hauteur entre juillet et novembre 2017. Dotés d’une puissance unitaire de 285 Wc, ils développent une capacité de production de 1 600 MW par an – soit la consommation électrique annuelle de 500 foyers en moyenne hors chauffage et eau chaude sanitaire – qui seront directement réinjectés dans le réseau local. Le coût global du projet s’élève à environ 5 millions d’euros : 2,5 millions d’euros pour la réfection de l’étanchéité, assurée à 50 % par une subvention de l’agence de l’eau Seine-Normandie et à 50 % par Eau de Paris ; et 2,5 autres millions d’euros pour la pose des panneaux photovoltaïques, financés par un prêt de la Caisse des dépôts et des consignations et dont le coût sera entièrement amorti dans vingt ans par la revente progressive de l’électricité à Enedis. Cette installation d’envergure permet à la capitale de s’engager pleinement dans la transition photovoltaïque : alors que l’objectif annoncé est d’atteindre 20 % de toits parisiens solaires d’ici à 2050, Paris ne compte à l’heure actuelle qu’environ 50 000 m2 de panneaux photovoltaïques…

Brice-Alexandre Roboam