Stéphane Auder «Chaque jour, je remets mon titre en jeu»

Stéphane Auder «Chaque jour, je remets mon titre en jeu»

Les toits et les objets qui les ornent participent pleinement à la beauté d’un paysage ou d’une maison. Ce lien entre ciel et terre a profondément inspiré Stéphane Auder, meilleur ouvrier de France (MOF) installé à Baugé-en-Anjou (Maine-et-Loire). Car la fabrication d’ornements de toiture et de toute la zinguerie d’art nécessite une maîtrise totale des techniques les plus délicates.

Depuis quand êtes-vous MOF ?

Stéphane Auder. Je me suis présenté au concours en 2010, à l’âge de 43 ans, dans la classe ornemaniste en couverture.

Comment le concours s’est-il déroulé ? Que deviez-vous réaliser ?

S.A. À l’époque, il y avait trois possibilités:
– Réaliser le sujet principal en une année chez soi.
– Réaliser le sujet en loge (maquette plus petite), en deux semaines devant surveillants et public. On sort de sa zone de confort: on n’a plus tous ses outils, le stress est là…
– Réaliser un chantier conséquent comportant suffisamment de difficultés pour se présenter en tant que MOF. C’est la formule que j’ai choisie. C’était la première fois que j’avais à faire un travail aussi important, d’une hauteur de 5,50 m. Une première correction a eu lieu dans mon atelier, où j’ai dû expliquer comment j’avais réalisé la pièce, montrer les outils et les pièces ayant servi à cette réalisation, afin de prouver au jury qu’il n’y avait pas eu tricherie. Une seconde correction a eu lieu sur site, après la pose, avec les membres du COET [Comité d’organisation des expositions du travail, NDLR]. La réponse est arrivée un mois après… c’est très long

Pourquoi avez-vous passé ce concours?

S.A. J’ai voulu passer le concours parce que je me sentais prêt professionnellement. C’est le seul diplôme qui existe dans l’ornementation, niveau IV par équivalence. Je voulais aussi me démarquer d’une certaine concurrence qui ne maîtrise pas correctement ce métier.

Comment vous êtes-vous dirigé vers cette activité ? Votre famille était-elle dans ce secteur ?

S.A. Mon père étant couvreur, j’ai choisi le même métier, en formation chez les Compagnons du Devoir. Je me suis formé à travers mes voyages, dans différentes entreprises. Le week-end, je fabriquais des ornements au marteau pour mon plaisir, c’est alors que j’ai rencontré une personne qui faisait du repoussage, à qui j’ai acheté un tour à repousser.

MOF est-il une étiquette de luxe ?

S.A. Le titre peut effrayer certains clients, mais rassure également. Chaque jour, je remets mon titre en jeu par mon travail. La présentation de nos produits et de nos photos sur notre site rassure complètement les clients, qui savent ce qu’ils vont avoir. Nous exportons depuis très longtemps et souhaitons développer ce secteur. L’entreprise va se développer avec la construction d’un atelier de plus de 1 000 m2, et des embauches.

Le niveau du concours va forcément baisser, car les sujets sont simplifiés!

Votre expérience du jury : les MOF jugent d’autres MOF…

S.A. Il y a dans le jury du concours MOF des jurés non MOF, mais il est normal que des MOF corrigent également. Une charte nous engage à être honnêtes. Il faut avoir 18/20 pour être MOF. Toutes les difficultés du métier doivent être maîtrisées. Aujourd’hui, le COET souhaite appliquer les barèmes de notation de l’Éducation nationale et a considérablement réduit le temps de travail pour les œuvres, à quatre cent cinquante heures. Alors qu’auparavant, nous passions tous de neuf cents à mille deux cents heures environ. Cela provoque la colère des MOF : le niveau va forcément baisser, car les sujets sont simplifiés!

C’est avec ce campanile reconstruit à Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne) que Stéphane Auder a obtenu le titre de MOF. Le modèle a été reproduit strictement à l’identique, en zinc ; toutes les techniques de l’ornemaniste et mille cent cinquante heures de travail en atelier ont été nécessaires à la réalisation de cette œuvre.

Propos recueillis par Pierre-Olivier Chanez