Uperio : profession levageur

Uperio : profession levageur

Issu de la fusion entre Matebat et Arcomet, le groupe Uperio, spécialiste du levage, nourrit de grandes ambitions portées par un nouvel actionnariat. Parmi elles, investir le marché des petites et moyennes entreprises grâce à sa grue Opti facilement maniable. Entretien avec Philippe COHET, président du groupe.

Pour commencer, pourriez-vous nous rappeler brièvement l’historique de votre entreprise ?

Le groupe Uperio existe en tant que tel depuis environ deux ans. Il est le fruit de la fusion entre deux entreprises de levage : Matebat et Arcomet. Matebat, société fondée près de Toulouse (31), a ouvert son capital à un fonds d’investissement déjà propriétaire du groupe belge Arcomet. La large structure ainsi créée a pris le nom d’Uperio et s’est spécialisée dans la location et la vente de grues à tour – principalement Potain – pour tout type de chantier. Nos engins sont utilisés aussi bien par de petites entreprises que par des grands comptes, de la maison individuelle jusqu’à Notre-Dame de Paris, en passant par les immeubles R+3 ou les éoliennes du port du Havre (76).

Que représente votre groupe, en quelques chiffres ?

Aujourd’hui, Uperio recense 275 collaborateurs en France et dispose de 14 dépôts répartis dans les plus grandes villes. Neuf concessionnaires maillent 50 % du territoire avec environ 1 200 grues en location. Il possède également une dizaine d’autres sites à l’étranger, dans huit pays, avec 1 000 grues, notamment en Europe du Nord, en Allemagne, au Royaume-Uni ainsi qu’aux États-Unis. Le groupe réalise un chiffre d’affaires se situant aux alentours de 230 millions d’euros, dont 120 millions sur l’unique marché français.

Comment le levage est-il considéré en France ?

La France est une grande nation de grues. Ce n’est pas pour rien que le groupe Potain, fondé sur notre territoire en 1928, a acquis une renommée dans le monde entier. Les usages sont très différents selon les pays, les techniques et les traditions locales – et nous sommes réputés pour notre utilisation récurrente des grues sur nos chantiers. Déjà, plusieurs géants de la construction, comme Vinci, Bouygues ou Eiffage, sont installés dans l’Hexagone : des sociétés qui œuvrent sur des projets de grande ampleur nécessitant forcément l’emploi de grues. Et surtout, c’est la recherche d’un mode constructif très productif qui demande plus de rapidité dans l’exécution.

Cette recherche de productivité est un accélérateur du marché du levage?

Bien sûr. Les chantiers ont évolué au fil du temps, et la conjoncture économique également. De ce fait, toutes les entreprises étaient à la recherche d’optimisation financière, et la démocratisation du préfabriqué a donné un gros coup de boost à notre secteur. Le préfabriqué implique des charges lourdes (5, 10, 15 voire 20 tonnes…) qui ne peuvent être portées que par des engins de levage. On observe également de plus en plus la multiplication du nombre de grues sur un chantier: au lieu d’une seule, certaines sociétés en missionnent directement deux ou trois, toujours dans un souci de gain de temps et donc de productivité.

Les grues ne sont-elles pas l’apanage des grandes entreprises ?

C’est une croyance très ancrée. Les appréhensions, fondées ou non, des plus petites entreprises de charpente ou de couverture sont courantes: une grue, c’est un matériel conséquent, qui peut basculer, dont le montage est complexe, etc. De fait, elles sont très réticentes à leur usage et préfèrent les chariots télescopiques. C’est là-dessus que nous devons travailler.

De quelle façon ?

Déjà, il faut préciser que les grues sont de plus en plus fiables. Elles sont soumises à de fortes réglementations avec contrôles réguliers et obligatoires pour des raisons évidentes de sécurité. Surtout, l’avancée technologique, notamment l’électronique embarquée et l’intelligence artificielle, réduit encore plus les risques. Par exemple, la redondance de capteurs bloque l’engin avant un potentiel basculement de la flèche.

Insister sur cette fiabilité serait suffisant pour convaincre les petites et moyennes entreprises ?

Pas seulement. Leur réticence vient aussi de la maniabilité. C’est pour cette raison que nous avons conçu la grue Opti, dévoilée en avant première lors du salon JDL de Beaune (21), en juin dernier. Du temps où j’étais dirigeant de Potain, de nombreux concessionnaires nous avaient fait remonter une demande grandissante pour des engins de levage plus petits. Dès mon arrivée chez Uperio nous avons lancé le projet par le biais de l’usine belge d’Arcomet. Nous avons travaillé à réduire le poids de la grue via des aciers spéciaux et un design de structure en treillis, afin qu’elle passe sous le seuil des 3,5 tonnes. Elle peut ainsi être transportée facilement, car on peut l’atteler à un 4×4 ou à un pick-up. Surtout, elle demeure simple à manier et rapide à monter: une demi-heure pour un opérateur seul. Avec une charge maximale de 1 500 kg (360 kg en pointe de flèche), elle s’adresse à des utilisateurs n’ayant pas de matériaux trop lourds à lever, donc elle est parfaite pour les couvreurs et charpentiers.

Opti sera-t-elle également disponible à la location ?

Ce n’est pas son but premier. Sa maniabilité a été réfléchie de façon à ce qu’elle devienne un outil employé de façon récurrente par les professionnels visés. Et même si le marché n’est pas vierge de solutions en termes de petites grues pratiques, notamment inspirées par les nacelles, je suis persuadé qu’Opti apporte ce léger plus qui pourra les convaincre. Nous avons pour ambition d’en vendre une centaine par an par le biais de nos concessionnaires et de notre réseau de distribution, et grâce à une vaste campagne sur Internet. Nous allons d’abord attendre de bien établir le produit, de lui donner une bonne visibilité pour créer la demande, pour seulement ensuite la mettre en location.

Nous avons la chance d’avoir une belle industrie du levage en France, doublée d’un fort dynamisme technologique.

Quelles perspectives pour le secteur ?

Nous avons la chance d’avoir une belle industrie du levage en France, doublée d’un fort dynamisme technologique. En outre, les dernières réglementations thermiques et environnementales vont accélérer encore un peu plus l’essor de la construction bois, et par là même nous offrir un nouvel élan et un marché où toutes les entreprises du bâtiment seront des clients potentiels! De quoi ouvrir de vastes horizons.

Propos recueillis par Brice-Alexandre Roboam